L'offrande du coeur

Commme les perles du rosaire laissent s’échapper des notes jamais identiques au vent de la vie, comme la roue parcoure des chemins brûlants de soleil et des routes grises de tempêtes, les roses d’Eric Lokietek détiennent entre leurs pétales céllophanes les recoins discrets d’une vie qui ne désire que la douce perçeption du quotidien : joie, ennui, tristesse, amour, exaltation…

Aussi la rose prend-elle fonction de balise dans un univers intimiste, elle devient la ponctuation de ce continuum, la vie quotidienne auquel nul n’échappe… il s’agit bien là de la problématique : je voie Eric Lokietek enfermé, comme nous tous dans la céllule de la quodiennneté mais je le vois surtout transformer le banal, le souligner avec des objets quotidiens devenus outils poétiques. Verrez vous jamais ces roses en plastiques à deux francs que tendent pour toujours des êtres métalliques de bric et de broc aux soudures apparentes et tragiques ? Et la terre, la pierre, le bois et la peinture industrielle, et le crépi, le caoutchouc s’osmosant en un hommmage véritable à nos+vies_?

La rose sera donc ponctuation de la longue litanie de l’existence, mais ponctuation sacrée de ce genre de sacré qui fait se déposer des fleurs sur les tombes, ou pleuvoir des pétales sur les jeunes mariés… depuis l’aube des temps.

Mais la rose ne sera-t-elle que l’instrument commémoratif de nos dérives ? Vous pourrez vous arrêter à cette constatation, vous pourrez même retourner sur vos pas mais moi je plongerai dans la complexité sanguine de la rose et j’irai visiter l’essence même de l’univers car savez vous lecteur que la rose symbolise la perfection par la rédemption ? Oui l’espérance est là, tapie sous nos bras et nos paupières.

Si en nous existe le désir de ceuillir une rose et d’écouter une histoire, un évènement, un rien presque un chuchotement alors saurons nous être des confidents car avec le langage contemporain des matières et des formes qui s’attirent irrésistiblement (assemblage peinture - matière - sculpture) Eric nous confie un peu de lui-même et nous renvoie notre propre image, celle d’être poursuivis par le désir d’aimer et prêts à en rendre témoignage.

Le 4 Mai 1994.
ERIK VERHOEVEN, écrivain et plasticien.


Prochainement, dans cette rubrique viendront s'ajouter d'autres textes...